La perversion narcissique

Je vous propose une série de 3 articles autours de la perversion narcissique afin de mieux cerner ce qu’il se joue et avoir des pistes pour s’en protéger. Nous verrons comment ce trouble pathologique de la personnalité se constitue (cette personne est malade).

Nous appréhenderons les signes interactionnels pour reconnaître ce profil et mettre de la conscience dans nos échanges relationnels avec lui/elle .

Dans une troisième partie, nous aborderons les stratégies relationnelles d’adaptation pour “faire avec” au quotidien lorsque nous n’avons pas le choix en protégeant nos plumes.

 

Abordons la première partie de cet article qui traite de l’apparition de ce trouble. 

 

 

La constitution du trouble : rappel rapide des niveaux de vie psychique d’un individu.

Pour donner une vision claire et simplifiée de notre vie psychologique, nous pourrions la décliner en quatre niveaux :

  1. La vie mentale :elle recoupe la réflexion logique, l’analyse, les pensées, le dialogue interne, l’imagination…

  2. La vie émotionnelle : ce sont les émotions que je ressens: joie tristesse colère, peur, dégoût, surprise… Leur lieu d’expression étant corps.

  3. La vie sensorielle : elle se décline autours de mes 5 sens: la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût.

  4. La conscience : cette partie de nous permet d’être en capacité d’observer et de nommer l’expression de la vie en soi.

 

Comment ce profil de personnalité si particulier se constitue-t-il ? 

Le profil de la perversion narcissique se développe dans l’enfance. Cette personne a été confrontée très tôt à des violences de diverses natures (réelles ou imaginées qu’il a vécu comme telles, des abus et/ou des manques) qui ont détruit  la partie sensible de son être (et/ou  n’ont pas permis la construction mature) : sa vie émotionnelle.

Cette personne a pu elle même, (mais pas obligatoirement)  avoir eu  un parent atteint de ce même trouble  qui l’a amené à se structurer de cette manière.

Pour survivre, il est  obligé de s’adapter et mettre en place une succession de mécanismes pour pallier et répondre aux attentes de son parent qui ne le nourrit pas sur la plan affectif. Son développement psychique est altéré et stoppé.

L’enfant sain se construit  avec l’amour, les valeurs, les limites et les repères structurants qu’il reçoit de ses parents. Ils constituent le modèle de référence de la construction du petit être en devenir.

Le parent du PN* (Pervers Narcissique)  ne sait pas l’aimer. Ce que comprend l’enfant c’est que seules les apparences comptent. Elles sont perçues comme porteuses de reconnaissance, une pseudo valorisation qui amène l’enfant à s’y identifier  . Il a pu aussi être utilisé comme faire valoir par son parent. Il ne s’est pas senti le droit (et/ou ne l’a pas eu ) d’être et d’exprimer son unicité. Son mouvement de vie intérieur est gelé, détruit.

Toutes ses tentatives d’expressions intrinsèques ont été étouffées  au profit de l’apparence et du paraître. Il apprend dans ses interactions relationnelles à manipuler et utiliser l’autre pour combler ses besoins. Il se sert de la partie mentale de son être, et calcule froidement sans affect ses faits et gestes, et ce de manière inconsciente (c’est un mécanisme qui est devenu autonome par répétition du procédé).

C’est un acteur qui apprend à mimer les émotions et les codes interactionnels sans les vivre sur le plan émotionnel puisqu’il en est dissocié.

L’un de ses éducateurs peut être lui même atteint de ce trouble. Dans cette perspective là, il lui a fait subir de nombreux sévices dès le plus jeune âge. Il est humilié et réduit à l’état de chose. La violence psychologique qu’il vit est sans précédent et il l’intègre comme norme dans le lien. 

Son parent le traite comme poupée de chiffon, et ne lui donne aucune nourriture affective (il en est incapable car il est malade). Il lui  transmet des repères erronés et malsains. Il peut s’en servir comme faire valoir narcissique, tuant progressivement la vie en lui, se sentant fort et puissant quand celui ci est sous son contrôle, et valorisant les déviances. L’enfant adopte ce mode d’interactions pour survivre. C’est ce qui le structure jusqu’à l’age adulte et qui définit son mode de relation à l’autre (type dominant/dominé avec un lien d’emprise).

Apprenant que les relations sont de l’ordre de la domination/soumission, prédateur/proie, il comprend, de par son environnement,  qu’avoir de la vie en soi, c’est être faible et que le système émotionnel est une fragilité à exploiter pour subvenir à ses propres besoins. Suite à cela, à la manière de l’odorat subtil du chien qui trouve les truffes, il développe un scanner à failles des individus et une communication affinée pour exploiter les gens et mettre des coups vicieux et subtils là où ça fait mal. Il reproduit ainsi  le modèle relationnel qu’il a appris enfant.

 

Quelle type de relation entretient le pervers narcissique avec l’autre ? 

De cette manière, il asservit celui ou celle qu’il rencontre en mettant à mal sa sensibilité créant ainsi un processus d’emprise. Coupé de son humanité, dénué d’empathie émotionnelle ( qui permet la connexion à l’autre) et doté d’empathie cognitive, il capte les besoins de l’autre froidement en le scannant et donne l’illusion d’y répondre au début pour hameçonner la relation.

Il crée de cette manière l’illusion du lien.Puis il fait vivre à l’autre la souffrance qu’il a éprouvé dans son enfance. Cela éteint à petit feu la personne qui en est la cible, à l’image de la grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite, l’autre perd petit à petit toute la magie de la vie qui est en lui ainsi que son discernement…


Véritable psychose (que l’on nomme psychose blanche), il projette sur l’autre la partie sombre de son être, qu’il est incapable de sentir comme lui appartenant, du fait de la béance de la faille intérieure qu’il porte et de son immaturité psychique.

En réalité, il se déteste et projette sa haine de lui sur cet autre qu’il admire.

Il n’a pas accès à l’altérité, phase de construction psychique dans l’enfance qui reconnaît l’autre comme individu différent et séparé. Il a vécu sous la coupe du parent maltraitant et n’a pas eu l’espace pour créer une identité propre.  Il est tel un caméléon changeant de couleurs constamment pour s’adapter à la personne avec laquelle il échange.

 

 

Quels mécanismes de défense mobilise-t-il ? 

Un mécanisme de défense autonome se met en place pour le protéger de la conscience du vide abyssale qui existe en lui. Effet compensatoire à la béance de la faille narcissique qu’il ne veut pas voir, (il en est simplement incapable, cela produirait un effondrement psychique), il tue sa proie par à-coups sournois et vicieux. Dans son esprit, lui est parfait et plus fort que les autres. Il projette toutes ses facettes sombres sur l’autre et l’assaille de critiques.

Une rage et une jalousie existentielle inconscientes l’habitent, à la hauteur des violences qu’il a subit. Il a une posture ambivalente en admirant la vie chez les êtres sensibles et en la haïssant car elle n’existe plus en lui.  La partie vivante étant détruite chez cet individu, il est dans l’incapacité de faire des deuils. Cela voudrait dire regarder la douleur à l’intérieur de soi, alors qu’il la fuit par survie.

Pour contrebalancer ce chaos, il projette sur l’autre le  mépris qu’il a de lui même, se positionnant dans une posture de toute puissance, illusion de son esprit pour survivre à l’amputation de la quasi-totalité de son âme. Il porte un masque celui du gentilhomme qui cache son vrai visage de  folie destructrice.  Il est fin observateur et mime les émotions ( souvent de manière théâtrale ) pour donner à paraître la sensibilité qu’il n’a pas et se fondre dans la masse.

 

 

Quelles sont ses capacités d’adaptation ? 

Étant dénué de son essence, il n’a ni empathie émotionnelle ni créativité. Cette dernière résultant d’une forme d’intelligence émotionnelle il ne sait pas créer. Amputé d’une large partie de son intelligence vivante par ses blessures d’enfance, il  vit d’énormes frustrations au quotidien, enviant et jalousant toujours plus ceux qui ont leurs pleines et entières capacités à créer et à être. Lui il ne peut pas car la quasi-totalité de son énergie psychique sert à maintenir cet équilibre fragile. Alors, il mime, ment, singe et il séduit pour capturer une proie à laquelle il veut dérober ce qu’il n’a pas. Et il coupe les liens en créant le chaos dans les groupes pour se sentir puissant et ne pas être démasquer.

L’apprentissage chez cette personne est limité, il mime sans incarnation ni réelle compréhension profonde  de ce qu’il vit, puisqu’il n’a pas d’intériorité. Il a une soif d’être admiré.  Il ne comprend  pas que le réservoir intérieur de nourritures affectives se remplit par les échanges avec les autres et par les liens qui relie les gens (il ne sait pas comment faire autrement que par l’emprise).  Il est tel un enfant dans un corps d’adulte qui a besoin d ‘être le centre de l’attention de tous. Il s’immisce, prend toute la place, et ne supporte pas que quelqu’un « brille » plus que lui. Dans ces situations là, il l’éteint à coup d’humiliations et de joutes verbales.

 

 

Comment le pervers narcissique masque-t-il sa vulnérabilité ? 

Ne pouvant satisfaire ses besoins (affectifs, émotionnels, relationnels…) car il les a nié par survie, notamment celui de reconnaissance (légitime chez l’être humain), limité par les apprentissages qu’il a fait enfant, sans créativité, il se centre sur le paraître et le regard de l’autre. Il se sent de cette manière avoir de la valeur.

Cette stratégie est fragile et n’a que peu de poids dans un équilibre sain. Elle  vacille facilement au vue de la porosité du masque du paraître, et de l’imposture que cela représente. Mais pour lui, c’est un de ses seuls moyens de valorisation avec la destruction de l’autre qui lui donnent  l’illusion d’un sentiment de puissance.

La fragilité  de la stratégie étant palpable, son narcissisme brûlé au 3ème degré qu’il n’a pas pu soigner, il détruit, de manière machiavélique avec son intelligence froide, tous ceux, dont il s’imagine dans son délire,  susceptibles de lui faire de l’ombre .

Paradoxe entre être et paraître : il veut être aimé, il ne s’aime pas. Il admire les qualités humaines des autres, il ne sait pas créer les siennes. Il vit au quotidien des frustrations énormes constitutionnelles qui activent une haine liée aux blessures narcissiques qui l’habitent et pour lesquelles il est dans une impossibilité de remise en question car il a choisi de se mentir quant à sa nature ( attitude préservatrice d’une vérité trop violente à intégrer).

Les relations qu’il entretient sont donc perverties dans toutes les sphères de sa vie. En vrai il est tellement insecure, vulnérable et fragile dans les liens que le seul moyen qu’il a trouvé c’est d’aliéner l’autre en le faisant prisonnier par la manipulation pour l’utiliser, se faire valoir et le détruire.

Les relations sont interchangeables puisqu’il n’y a pas d’attachement affectif sain. Il n’y a pas de véritables liens au sens de l’humain. C’est un abus terrible pour l’autre. Et pour lui c’est sa manière (très pauvre et aliénante) d’exister, d’être en relation et de prendre du plaisir.

Dans son mensonge, et incapable de se remettre en question (car tout s’écroulerait pour lui sinon, on parle notamment de “psychose blanche”), il use et abuse de stratégies de communication manipulatoires pour retourner les situations à son avantage et se dédouaner de ses responsabilités. C’est ce que nous aborderons dans un prochain article.

Si vous souffrez dans une relation, il y a un problème…

 

Prenez soin de vous…

 

Eugénie Thevenon

terhappy-hypnose-troyes.com


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